Le travail qui ne se facture jamais, mais qui existe
Quand on pense à son travail, on pense aux heures passées "sur la mission" : le chantier, la prestation, la commande. Mais autour de ces heures visibles, il y en a beaucoup d'autres, invisibles, que personne ne paie directement et qu'on oublie de compter.
Ce temps non facturé ne disparaît pas pour autant. Il occupe vos journées, il vous fatigue, et surtout il pèse sur votre rentabilité réelle : chaque heure passée sans être facturée fait baisser ce que vous gagnez vraiment de l'heure.
À quoi ça ressemble, concrètement, selon votre métier
Le plus simple, c'est de le voir sur son propre métier. Voici, corps de métier par corps de métier, ce temps qu'on ne facture jamais mais qui compte.
Artisans du bâtiment
- Les trajets : rejoindre un chantier, passer à la station essence, faire la route entre deux clients.
- Les achats de fournitures et de matériaux, en magasin ou au téléphone avec un fournisseur.
- Les allers à la déchetterie en fin de chantier.
- Les rendez-vous avec un commercial, ou pour aller chiffrer un futur chantier.
- La rédaction des devis, y compris tous ceux qui ne se signeront pas.
Prestataires de services et créatifs
- Répondre aux clients par mail ou WhatsApp, souvent en dehors des heures de travail.
- Préparer en amont : construire un support de formation, un visuel, faire des recherches avant une mission.
- Les allers-retours de validation et les retouches non prévues au départ.
- La veille et la montée en compétences pour rester à niveau dans son domaine.
Métiers de l'événementiel
- Les repérages de lieu avant l'événement.
- La coordination des autres prestataires : traiteur, DJ, décorateur, photographe.
- Le montage et le démontage, avant et après la prestation elle-même.
- Les innombrables échanges avec le client pour caler chaque détail.
Fabricants et artisanat
- Comparer les prix des matières premières et chercher les bons fournisseurs.
- Les tests, les prototypes et les ratés qui ne se vendront jamais.
- Le réassort et la gestion des stocks de matières.
- La mise en valeur des créations : photos, fiches produits, descriptions.
Achat et revente
- Chiner : brocantes, vide-greniers, déstockages, pour dénicher les bons produits.
- Photographier chaque article et rédiger les annonces.
- Répondre aux questions des acheteurs, négocier, relancer.
- Préparer les colis et gérer les expéditions et les retours.
Pourquoi on l'oublie presque toujours
Ce temps est invisible pour trois raisons. Il ne ressemble pas à du travail facturable : personne n'a l'impression de "travailler" en faisant la route ou en répondant à un message. Il est fragmenté : dix minutes par-ci, une demi-heure par-là, jamais un bloc identifiable. Et il se fait "en plus", souvent le soir ou entre deux missions, là où on ne le compte pas.
Additionné sur une semaine, il représente pourtant très souvent plusieurs heures, parfois l'équivalent d'une journée entière.
Ce que ça change vraiment sur votre rentabilité
Ignorer ce temps, c'est se raconter une rentabilité qui n'existe pas. Le calcul honnête inclut toutes les heures que l'activité a exigées, pas seulement celles inscrites sur la facture.
Une mission facturée 1 200 € pour 15 heures "sur la mission" semble tourner à 80 €/h.
En ajoutant les 5 heures de trajet, d'échanges et de préparation, on arrive à 20 heures réelles, soit 60 €/h. Un quart de rentabilité en moins, invisible sur la facture.
Comment en tenir compte sans tout chronométrer
L'objectif n'est pas de minuter chaque déplacement au risque de virer à l'obsession. C'est d'en prendre conscience et de l'intégrer :
- Estimez un ratio. Pour une heure facturée, combien d'heures non facturées en moyenne ? Même une estimation approximative change tout.
- Intégrez-le dans vos prix. Vos tarifs doivent couvrir ce temps invisible, pas seulement les heures visibles.
- Comparez de temps en temps le prévu et le réel, sur quelques missions, pour affiner votre perception.
Le réflexe à prendre
Le temps non facturé ne se supprime pas : il fait partie du métier. Ce qui se travaille, c'est de le rendre visible pour qu'il soit couvert par vos prix plutôt que subi.
C'est un des points que suit Indépuls : le temps réellement passé sur chaque mission, comparé à ce qui était prévu, pour que votre taux réel reflète toute votre activité, pas seulement la partie facturée.
Pour aller plus loin, lisez le guide Comment calculer son taux horaire réel.